Extrait de la première histoire courte
Début de l'écriture d'un roman composé d'histoires courtes, dont voici un extrait de la première, qui vient d'être terminée.
Attention, il s'agit de la première version, avant même d'être lue par mon groupe de correcteurs...
ELLE ÉTAIT SI BELLE
Chapitre 1
Un milan royal volait à une centaine de mètres du sol, scrutant de son regard perçant le moindre mouvement dans les prés qui pouvait correspondre à un déjeuner pour lui. Il avait un visuel parfait sur toute la plaine. Le soleil, dont les rayons ne rencontraient aucun nuage, inondait de sa lumière ce paysage rural. À cette altitude, on y voyait divers champs dont les couleurs alternaient entre le vert, le jaune et le beige, selon les cultures.
Surgissant de l’horizon, une droite anthracite venait lacérer ce tapis quadrillé. L’oiseau de proie qui la survolait était habitué à cet artefact issu de l’industrie humaine. Il ne prêtait plus attention à ces deux bandes sombres, sur lesquelles d’étranges objets rectangulaires filaient à vive allure, tantôt grands, tantôt plus petits. Ce volatil ne pouvait pas savoir qu’il s’agissait du flux des véhicules sur l’autoroute qui reliait Bordeaux à Toulouse.
Cependant, en ce début de semaine et à une heure matinale, le trafic était relativement léger. Vu d’en haut, chaque véhicule était espacé de plusieurs centaines de mètres, en moyenne. Il y avait là une majorité de poids-lourds, quelques utilitaires, et des berlines conduites chacune par un commercial. L’une d’elle, une grosse cylindrée blanche, filait à toute vitesse. Calée sur la voie de gauche, elle dépassait en un éclair les camions qui semblaient se traîner par rapport à elle.
Par curiosité, le rapace descendit comme une pierre afin de se mesurer à ce bolide, en tentant de faire la course avec. Mais pour lui, cette descente vertigineuse qui lui offrait une belle vitesse de pointe, n’était que du sprint. Il ne pouvait pas tenir sur la distance. Son contact visuel à l’approche de ce bolide métallique ne dura que quelques secondes. Un court instant en matière d’observation, mais suffisant pour voir, à travers la vitre, un conducteur en chemise blanche et cravaté, les deux bras tendus vers le volant. À l’arrière, sa veste était suspendue à un cintre, lui-même accroché à la poignée surplombant la vitre de la portière passager. C’était le meilleur moyen pour éviter le moindre pli sur cet uniforme standard du cadre technico-commercial.
Sa mâchoire carrée était impeccablement rasée. Son port altier laissait entrevoir un dégradé parfait qui disparaissait sur sa nuque en partant d’une coupe courte malgré quelques vaguelettes, dans ces cheveux châtains, dessinées par un coiffeur expert. Son regard bleu acier était bloqué sur l’horizon, tout en lançant des coups d’œil furtifs sur son environnement proche. À l’extérieur quand il doublait d’autres véhicules, mais également à l’intérieur quand il interagissait avec ses clients de l’industrie aérospatiale, ou sa secrétaire située au siège social, non loin de Paris. Sa voiture de fonction était son deuxième bureau. Il y avait aménagé les derniers gadgets nécessaires à la gestion de ses affaires tout en conduisant, la plupart du temps sur les autoroutes.
En cette fin de matinée, il se rapprochait de la capitale européenne de l’aéronautique, Toulouse, après avoir visité un fleuron de cette même industrie à Bordeaux. Mais au lieu de continuer vers cette zone urbaine, il décida de prendre l’une des dernières sorties pour s’engouffrer dans le Frontonnais. Situé au Nord de Toulouse et connu pour ses vins d’appellation d’origine contrôlée, il avait l’avantage d’être à quelques minutes de Blagnac tout en baignant dans les vignes, c’est à dire un paysage rural à faire rêver les connaisseurs de bons vins.
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